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Mieux que des photos !

Cher agente de voyage,



Je vous prie de bien vouloir trouver ci –écrit le compte rendu du voyage «de noce sans noce » que vous nous avez si gentiment (habilement ?) vendu. Il n’y aura hélas pas de noce devant Dieu avec Hélène, ma compagne, mais là n’est pas l’objet de mon compte rendu…L’œil chatouillé à la vue des hôtels et chambres chez l’habitant, j’ai cédé à la tentation de ce voyage à la carte en Afrique du Sud. Le sourire émerveillé et l’embrassade généreuse d’Hélène ont entraîné ma main fébrile à la signature de ce chèque de 10000 euros, mais là n’est pas l’objet de mon écrit….


Mardi 27 Juin – Quelques parts au dessus du Maroc

Excités comme des enfants sur le chemin des Vacances, nous entrons, bras dessus, bras dessous, dans l’Aéroport de Nice. Moyennant un surplus de quelques euros (100), les 2 valises, les 3 vanitys et les 4 sacs d’Hélène sont avalés par le tapis d’enregistrement des bagages.

Nous survolons le Maroc. L’équipe de France joue contre l’Espagne mais l’hôtesse ne veut pas aller « déranger » le pilote pour connaître le résultat auprès d’une tour de contrôle marocaine que le pilote pourrait interroger. L’équipage est anglais et cons. Les Marocains sont à mettre dans le même panier, ils n’ont pas été qualifiés. Je m’endors finalement sous les douces caresses de ma bien aimée (me rappelant un temps intime et lointain où ma Grand-mère me passait les mains dans les cheveux sous le vent des pommiers (ou des cerisiers ?))




Mercredi 28 Juin – Johannesburg et Pretoria

Réveil brutal pour un petit déjeuner de saucisses, d’omelette et fromage. Ces anglais sont à l’image de leurs matins : gras et grossiers !

Arrivé à l’Aéroport de Johannesburg, mes yeux s’assoupissent dans le tourniquet infini du tapis des bagages. Deux heures après, nous retrouvons nos bagages à l’autre bout de l’Aéroport sans un mot d’excuse. Passons.

Nous roulons vers Pretoria, première destination de notre voyage «de noce sans noce ». Après trois bras d’honneurs à des chauffards, je réalise que je roule à droite. « L’Afrique du Sud est une ancienne colonie anglaise » me lit Hélène notre guide entre les mains. Misère !

Petite visite de Pretoria. Le froid me prend tout mon corps et mon esprit. Je suis sceptique devant ce monument hollandais : « le Voortrekkers, notre effel towner » d’après le propriétaire du B&B. N’importe quoi ! Et puis, je ne comprends plus rien : Les colonisateurs étaient anglais ou hollandais ?! Hélène me rappelle qu’il est difficile à l’heure actuelle de distinguer un anglais d’un hollandais. Alors deux siècles avant, n’en parlons pas !


Jeudi 29 Juin - Dullstrom

Une femme de couleur noire très noire est en cuisine. Une femme blanche très blanche s’énerve en lui jetant un de mes toasts que je trouvai légèrement trop grillé. Mon regard est désolé et mes mains écartés signifient mon innocence à Hélène. Les sud africains blancs s’énervent donc pour peu de chose contre les sud africains noirs. Première leçon de ce voyage.

Le froid persiste et signe de rougeurs mon visage. Nous sommes dans la ville la plus froide d’Afrique du Sud (« the coldest place » comme dit la gérante du B&B) et le chauffage ici est une option. La chambre est équipée d’un tout petit radiateur branlant à roulette qui menace de s’éteindre à tout moment. Chère agente, m’aviez vous vraiment dit que la terre était partagée en deux hémisphères ? M’aviez vous vraiment dit qu’au mois de Juillet les sud africains s’habillaient de bonnets et gants ? Dire que je pensais que le monde entier était en vacances d’été au mois de Juillet et Août…Dans un sens, ça évite les embouteillages internationaux. C’est donc mieux pour bison futé.



Vendredi 30 juin – Pilgrim rest

Brouillard et pluie. La magnifique route conseillée par le guide garde sa magnificence sous son manteau de pluie et brouillard. Le temps aussi a froid et s’abrite. « Là, normalement, quelque part par-là, il y a des chutes d’eau » me dit Hélène. Sans blague ? Des chutes d’eau !?

Nous arrivons à Pilgrim rest, ancien village de chercheurs d’or. Je prie pour que ces anciens chercheurs aient tout trouvé, qu’il ne reste rien à divulguer aux yeux de ma bien aimée !



Samedi 1 juillet – Pillgrim rest

Un mariage dans l’hôtel. Tous les invités se sont déguisés en début du siècle dernier. La salle de restaurant nous est fermée et tant mieux car nous sommes au salon, un plateau repas, mon petit drapeau français, la télé pour nous tout seul, coup d’envoi du match France – Brésil , le bonheur absolu !

Malheureusement à la deuxième mi-temps, je me tords sans cesse le cou pour suivre le match. C’est le défilé pour les photos jute à coté de la télé. « BUT ! » Mon cri de joie me renverse, moi et mon petit rouge sur la mariée. Je l’embrasse à pleine bouceh et lui dit :« We have marqued ! We have marqued ! », agitant mon petit drapeau. Après c’est le trou noir. Il semblerait que le marié n’était pas pour la France.



Dimanche 2 juillet – Parc Kruger

Je me réveille, un œil au beur noir. Les Sud Africains ne sont pas fair-plair. Je vais écrire à la FIFA pour les dissuader d’organiser la prochaine coupe du monde en Afrique du Sud. Hélène me reproche d’avoir embrassé la mariée la veille. C’était sous le coup de l’émotion du but ! Les femmes ne comprendront jamais rien au foot !

« Comme les animaux ! dada dada dada » En direction pour le parc Kruger, nous chantons la chanson de Thomas Fersen. Dix mètres après l’entrée du parc, nous apercevons une antilope, puis un éléphant. L’après midi, c’est une girafe qui tétanise d’émerveillement Hélène comme une poupée qui ne parle plus. Après trois calmants, Hélène reprend ses esprits à l’infirmerie du camp : « Tu comprends, depuis que je suis toute petite, j’ai Mandi, cette petite girafe en peluche et là de voir Mandi en vraie, c’était trop d’émotion. »

Nous restons dans le camp pour éviter trop d’émotion à ma douce. Elle en profite pour dévaliser toutes les boutiques « de choses utiles pour la maison » : une girafe en bois, cendrier en forme de girafe, bougie en forme de girafe, pantoufles en forme de girafe… En douce et en vain, j’essaye de me faire rembourser les safaris que vous nous aviez vendus.


Lundi 3 Juillet – Parc Kruger

Nous changeons de camp. Hélène en convalescence émotionnelle cache ses yeux à chaque apparition d’animal. Sur le chemin, je klaxonne haut et fort afin d’éloigner ces prédateurs d’émotion. Les gens que nous croisons s’énervent ou nous font des têtes comme de mauvais masques africains. La plupart sont des sud africains, en vacance d’hiver. Maintenant, je peux le confirmer comme un gaulois : « ils sont fous, ces sud-africains ! »


Mardi 4 Juillet – Swaziland

Après une journée de route, le passage à la frontière dans ce Swaziland, pays dans le pays, dictature dans démocratie branlante, après une enguelade avec chacun des gardes frontières nous renvoyant du bureau en bureau et de formulaire en formulaire de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, nous nous effondrons dans notre magnifique chambre, elle-même dans un hôtel, lui-même dans un parc, lui-même entouré d’une forêt verdoyante, elle-même dans une dictature…Bref. Le soir même, Hélène a une larme délicate lors de notre dîner au chandelle dans ce paradis de bois, de fraîcheur et de nature.


Mercredi 5 Juillet – Hluluwe ( village à connotation indienne bien nous n’ayons vu aucun indien)

Beaucoup de routes, beaucoup de villes et villages, avec cet étrange aménagement du territoire : Chaque entrée de ville est précédée de baraquements de tôle, bois et carton. On appelle ça les « Townships ». De toute évidence, les habitants n’ont pas eu les moyens de s’offrir un entrepreneur. Ou bien, ils ont été victimes, comme bon nombres d’entre nous, d’entrepreneurs peu scrupuleux et malveillants…Cela aurait pu être une bonne idée, ces Townships : si on pouvait y parquer tous les connards de la planète. Lorsqu’on irait en ville, on apercevrait de loin quelques connards. On pourrait même jeter quelques pierres aux faces de connard qui marcheraient au bord de la route et on s’en irait serein et plein de joie, faire quelques emplettes dans une ville libérée de tout connard !

« ON EST EN FINALE ! ON EST, ON EST, ON EST EN FINALE ! » C’est la chanson du soir bonsoir. Malheureusement, dans cet hôtel, mon bonheur n’est pas partagé. Il n’y a donc que des anglais et autres assimilés en Afrique du Sud !


Jeudi 6 Juillet – Parc Hluluwe

Toujours aucun indien dans le parc ! Hélène s’assoupit. J’ai arrosé son thé matinal de quelques calmants, car malgré sa maladie émotionnelle, je veux voir les fauves et ces grosses bêtes d’Afrique. Soudain, majestueux, immense, d’un pas lent mais confiant : UN ELEPHANT sur la route ! Il s’approche. Je tais le moteur. J’extrais délicatement mon appareil photo quadriple zoom optique, affichage digital, reflex 18000 et CLAC ! Le gros éléphant est dans la boîte souvenir ! Soucieux d’atteindre la perfection sans zoom, je sors de la voiture, je m’approche, il me regarde puis mange un arbre (enfin quelques feuillages), je m’avance à pas de loup, sa trompe est à quelques doigts de mon objectif, CLAC et FLASH ! L’éléphant vrombit ou hennit, je ne sais pas, je n’ai pas le temps, je cours vers la voiture, il me poursuit, suis je dans le film JURASSIC PARK ? Je plonge dans la fenêtre du véhicule. L’éléphant hennit encore, lève sa patte, telle une enclume, je pousse Hélène du véhicule. Cinq secondes après, le véhicule de location, n’est plus qu’une crêpe ornée de 4 ronds caoutchouteux ; les pneus !




Vendredi 7 Juillet – Loueur de voiture

Chère agente, je suis très en colère ! Je sais, je ne suis pas passé par vous pour louer la voiture. J’en suis désolé. Car (le saviez-vous ?) l’assurance vol et dommage au véhicule ne couvre pas l’excès de colère des animaux ! J’ai dû payer la voiture. Dieu merci, je n’avais pas loué une Mercedes ! Mais tout de même ! Nous attendons une autre voiture qui n’arrivera que demain. Le loueur nous souhaite une bonne nuit. J’étale quelques vêtements sur la moquette en guise de matelas pour passer la nuit, qui je le sais, n’en sera pas une, mais plutôt une éternité de souffles d’agacement et reproches d’Hélène. Hélène rêvait déjà depuis deux jours sur la plaquette de l’hôtel 5 étoiles à Durban dans lequel nous aurions dû nous endormir en ce moment même face à la mer.




Samedi 8 Juillet – Durban-> Port Elisabeth

La voiture de location que nous devions prendre à l’Aéroport de PE (Port Elisabeth) se trouve à Cap Town, destination finale avant notre retour en France. Mon visage strié de veines et rouge post explosion imminente, la loueuse nous a très vite trouvé une autre voiture, de catégorie supérieure.

Mon téléphone sonne.

« Oui, Allô »

« Allô ! Allô ! Allô ! Alloooô ! »

« Oui, Allô »

« Ah ! Eh ben, tu réponds pas à ta mère ! »

« Maman, il y a un décalage à cause de la distance »

« Ah, quelle heure il est là-bas ?! »

« La même heure qu’en France, il n’y a pas de décalage horaire »

« Tu me prends pour une idiote ?! Tu viens de me dire qu’il y a un décalage?»

« Non, on s’est mal compris… »

« Bon, c’est pas grave. C’est bien là-bas ? Quel temps y fait ? Tu manges bien au moins ? Quand est ce tu rentres !? »

« Tout va bien. On rentre dans une semaine ½ »

« 1 semaine ½ !!! Dis donc tu en as parlé à ton patron j’espère ! »

« Mais, bien sûr, j’ai pris des congés !»

« Mon fils, tu voyages toujours trop loin ! Il va falloir que tu te poses un peu, que tu penses à me faire des petits enfants ! Hein ?! »

« Maman, ça va couper, on entre dans un parc naturel ! »




Dimanche 9 Juillet – Parc Ado Elephant

Nous prenons le petit déjeuner chez la propriétaire du B&B. Hélène est béate devant une petite antilope de 2 mois que la famille a recueillie. Le chat et le chien viennent lécher l’animal. C’est du propre si tous les animaux se mettent à s’embrasser, on va finir par rompre la chaîne alimentaire ! Enfin, bref. Plus ennuyeux, notre charmante chambre abritée dans une case d’argile et de paille ne contient aucune Télévision. Je finis par demander si on ne pourrait pas par hasard passer la soirée avec les propriétaires, dans leur charmant salon avec cette antilope qui remplit d’émerveillement ma bien aimée. Mais c’est en prison que je verrai le match. Que voulez-vous ?! Je ne sais pas dire non à une femme. Hélène tenait tellement qu’on ramène cette antilope qu’on a croisé dans le parc. Je ne savais pas que ces bêtes là avaient une telle force dans les pattes. C’est sûr, la franchise dommage au véhicule ne marchera pas encore pour le coffre que m’a défoncé cette saloperie d’antilope.


Lundi 10 Juillet – Knysa

Gueule de bois. La France a perdu. Je suis triste et mon dos n’est plus qu’une marmelade. La paillasse de la prison ne vaut pas la plus minable chambre d’hôtels de notre tour. Façon de parler, Madame l’agente. Vos hôtels et chambres chez l’habitant sont d’un confort et d’un romantisme ! Ca vaut bien 10000 Euros.

Hélène est là pour la caution, elle et ses douceurs féminines un peu plus dévoilées que d’habitude (il fait beau et chaud pour une fois) et son sourire qui vous refile l’envie de vivre. Coffre vibrant et ficelé comme on a pu, nous voilà en route pour Knysa, douce ville au bord d’un lagon. Arrivé à l’hôtel Protea, je m’effondre de fatigue.

Mardi 11 Juillet – Knysa

Je me réveille pour le petit déjeuner. Nous allons nous promener autour du village. Petits villages bourgeois et grandes étendues de plage. Nous laissons la voiture dans un village sur une baie. Nous descendons sur la grande plage. Nous marchons. Du sable, du sable, du sable. Je me demande ce qu’on fout là. Du sable, du sable, du sable ! Deux heures après ce sable, nous arrivons à un petit village. Nous mangeons. Après manger, comme on se fait chier, nous poursuivons notre marche jusqu’à un autre village au loin. A l’autre village au loin, comme on se fait toujours chier, nous continuons jusqu’à un autre village au loin. Machinalement, hypnotisés par le sable qui s’assombrit. Je réalise : Merde, il fait nuit et il n’y a plus de village ! Que du noir autour de nous ! Je me rappelle tout haut vos conseils, chère agente, ne jamais se promener la nuit en Afrique du Sud. Hélène éclate en sanglots. Elle répète qu’on va mourir. Moi, je lui dis qu’il ne faut pas, car à force de répéter, on va réveiller la mort qui va venir nous faucher. Dans le mille, deux heures de larmes d’Hélène après, malgré mes mots de réconforts (si on est arrivé jusque là, c’est que nous pouvons y retourner, bon, bien sûr il nous faudra la nuit, en espérant qu’on ne rencontre pas de gens mal intentionnés), la voilà qu’elle se présente à nous : Accompagné d’un bourdonnement, qui soulève mer et sable, un grand noir descend du ciel ! « Are you lost people from the Protea Hotel in Knysa ?” nous crie t-il. Il y a donc un Dieu et tous les noirs ne sont donc pas pauvres, voleurs ou meurtriers ! Il y en a qui sont médecin-sauveteurs en hélicoptère !




Mercredi 12 Juillet –Outshoorn

Arrivé à Outshoorn, je relis trois fois le guide : Nous sommes dans la ville de l’autruche. Je me demande, chère agente : avez-vous manqué d’inspiration ? Allons nous vraiment visiter des autruches ?…Eh, bien oui, nous avons passé l’après-midi dans une ferme d’autruche. Nous sommes maintenant incollables sur les œufs d’autruche, ses plumes, sa peau, son cerveau plus petit que son œil, ses manières de manger des boulons ou cailloux. Et c’est vrai, plus on passe du temps avec une bête, même très bête, plus on s’attache…. C’est ce qui m’a valu LA crise de nerf d’Hélène qui a confisqué tous les pavés d’autruches de tous les clients du restaurant en soirée.




Jeudi 13 Juillet – Stellenbosh

La ville des vins ! Voilà une destination intéressante ! Non ! N’allez pas croire que nous nous précipitons d’une cave à l’autre, après avoir dé-saoulé ! Nous n’avons PAS BESOIN DE DESAOULER puisque beaucoup de caves sont attenantes ! Après une bonne tournée, nous avons fêté le 14 juillet, le 13 Juillet, à Franschhoek, petite ville de descendants français, s’étant fait bouter hors de France, à cause d’une certaine Edith de Nantes ! Nous déambulons dans les rues. Toute la ville est décorée. Il y a des drapeaux français sur toutes leurs maisons « Bastille festival » qu’ils appellent ça ces cons ! » me crie Hélène. Je te leur ai rectifié la plus grande banderole : « fête de la révolution française, bande de cons ! » Je ne sais pas ce qui leur a pris dans leur tête, ils semblaient ne plus aimer les Français et le bon vin. Nous avons donc dû « filer à l’anglaise ».


Vendredi 14 Juillet – Captown

Captown ou la ville des conquistadors ! Ces premiers aventuriers hollandais qui après une longue navigation sur des eaux alors inconnues atteignirent l’Afrique du Sud en posant leur pied à Cap Town. C’est dans cette ville qu’ils jetèrent les fondements d’une société moderne à l’époque, bien souvent, ils les jetèrent à la face des Bantous, les autochtones noirs, qui ne voulaient pas comprendre la modernité. Car la modernité est nécessaire, même si elles s’accompagnent d’incompréhension de la part des non civilisés. Après quelques milliers de morts noirs et quelques belles conquêtes de territoires, les boers (ces fameux aventuriers hollandais) se sont fait jeter à leur tour et à leur face, les fondements d’une société encore plus moderne : la société anglaise (les cons !) et ils sont devenus cons (pour ceux qui ne sont pas morts). Bref, ils sont cons ces sud-africains, mais ils ont bâti une bien belle ville côtière, que nous dominons depuis notre charmant hôtel.




Samedi 15 Juillet – Captown

La ville est déserte. Le désert comble les avenues, les parcs et les places. Mais où sont passés les captowniens ! « Dans leurs maisons de bord de mer ou leurs townships » selon leur catégorie sociale, nous expliquent les quelques commerçants ou gardiens de musée. CapTown n’est qu’une ville de bureaux, dont les logements sont inaccessibles aux gens normaux, c’est à dire presque tous ! Cette solitude nous accompagne jusqu’au cap de bonne espérance qui compte quelques touristes. Petite prière pour qu’Hélène ait son BTS et nous voilà reparti au bord d’une grande baie. Quelques surfeurs au loin dans les vagues. « Do you want try ? » Qu’est ce qu’il a celui-là ? Qu’est ce qui veut celui-là? Voilà que ce surfeur aux cheveux blonds et longs emmène mon Hélène sur sa planche. Non mais ! Ils sont collés l’un à l’autre cette planche ! « Hélène ! Hélène ! Fais attention aux vagues ! Ma chérie ! »

De retour à l’hôtel, elle se pince sans cesse la lèvre. Je vais me doucher. J’entends un claquement sous l’écoulement. Je sors. Il y a ce message sur le lit. « Les cœurs tournent comme les vents sur la mer…Je t’embrasse, ton Hélène, à jamais ». Il n’y a plus ses affaires.


Dimanche 16 Juillet – Captown

Le pas lourd, je gagne le hall des départs de l’Aéroport. Je croise l’équipe de football Manchester United. Je ne me demande pas ce qu’ils foutent là. Je ne me demande plus rien. J’enregistre mon unique sac. Je me rappelle des deux valises, des 3 vanity et les 4 sacs d’Hélène. J’entre dans la salle d’embarquement la girafe en bois à la main, la girafe qu’Hélène m’a laissée. Je n’ai pas le cœur à griffonner les quelques cartes postales que j’ai achetées. Ma mère n’aura pas de carte postale cette année, ni tata, ni yaya, ni parrain, ni marraine. Je pense à Hélène tout le temps, à chaque basculement de l’aiguille de la pendule de l’Aéroport, à chaque annonce de vols, à chaque billet avalé à l’embarquement, à chacun de mes pas dans l’avion, à chaque nuage passé dans le ciel….




Lundi 17 Juillet – Nice

Le père d’Hélène est là pour venir me chercher à l’Aéroport.. Quel gentil beau-père ! Il n’a rien dit à part qu’Hélène allait bien et qu’elle a réussi son BTS. Il viendra chercher ses affaires demain pour les lui envoyer à Cap Town. Je pensais pourtant que notre histoire d’amour était solide. Six mois, tout de même !



Chère agente de voyage, vous le comprendrez, en plus d’un chaos sentimental, je suis dans une merde financière sans précédent ( ci-joint détail de mes dettes). C’est pourquoi, je vous supplie d’accepter la proposition incongrue que je vous fait : Afin de rembourser mes dettes, je vous supplie de compléter votre catalogue avec l’offre suivante : « Vous êtes seule, mais vous désirez partir en en Afrique du Sud accompagné ! Alors n’hésitez plus, prenez notre formule : « Voyagez seule mais accompagnée » Un homme intelligent, beau et musclé pour vous guider et vous protéger contre l’insécurité de ce pays. Ca vous tente ? ( voir conditions et mensurations dans notre agence). On pourrait bien sûr agrémenter la plaquette par quelques unes de mes photos torse nu et étudier les tarifs ensemble. En espérant vous toucher, je vous prie, Madame, d’agréer mes sentiments les meilleurs.



Xavier LADJOINTE.





Détail de mes dettes :

- véhicule de location = 10000 Euros

- coffre défoncée du second véhicule de location = 1000 Euros

- dommages et intêret à la ville de Franschoek=5000 Euros

- caution de prison = 2000 Euros

- retrait d’Hélène sur ma carte bleue = 2000 Euros
   
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